Brèves d'Experts : Honte et culpabilité dans l’eczéma

7 Juin 2016
honte et culpabilité dans l'eczéma par le dr bourrel

Par le Dr Bourrel Bouttaz

La honte et la culpabilité sont une empreinte douloureuse supplémentaire dans toutes les maladies de la peau. Elles touchent aussi bien le malade que les parents. Concernant l’enfant, il faut passer l’âge de la pudeur (6/7ans) pour qu’il commence à avoir honte de sa peau.

Plusieurs raisons sont à l’origine de ces sentiments très destructeurs

  • Les parents pensent qu’ils sont responsables de la maladie de leur enfant, alors que la dermatite atopique est une maladie de la peau qui n’est pas assez étanche. Cedi est  la conséquence du monde moderne, du mode de vie urbain, de la diminution du nombre de maladies infectieuses, de l’alimentation moderne, du changement des flores cutanées et digestives ….
  • Une maladie chronique, visible, renvoie le patient, les parents aux notions  d’impuissance, d’incapacité à gérer la situation.
  • Le tout allergique ou le tout psychologique domine les explications courantes.
  • Le tout allergique oblige à trouver quel est l’allergène en cause. Ne pas le trouver est encore une source de dévalorisation
  • Le tout psychologique accuse les mères de tous les maux, alors qu’elle souffre d’angoisse de ne pas trouver de solution
  • Le piège, c’est effectivement l’angoisse : plus la maman angoisse, plus l’enfant capte son angoisse, et plus les hormones de stress font sortir l’eczéma. Tout passe par le regard, et les soins de la peau vont souder la relation mère /enfant, alors que celle-ci devrait lentement évoluer vers l’autonomie de l’enfant. Peu à peu l’enfant se croit coupable de l’angoisse qu’il provoque chez sa mère, il y a confusion, identification entre l’eczéma et lui. Cette ambiguité est à l’origine de l’angoisse de séparation, c'est-à-dire que l’enfant voudrait bien couper le cordon mais il se croit coupable de faire du mal  à ses parents. Certaines poussées d’eczéma s’articulent dans cette difficulté, en particulier au moment où les enfants doivent partir faire leurs études ailleurs.
  • Et le piège se referme encore plus, si au stade de la mise en place de la pudeur, les soins émollients continuent à être appliqués par les parents. Si les soins sont toujours assumés par les parents, l’enfant ne peut pas mettre en place sa pudeur, stade incontournable pour symboliser la frontière de ce qui est permis ou pas, visible ou pas, privé ou pas, intime ou pas. C’est de l’absence de mise en place de cette frontière symbolisée par la peau, que naitra alors la honte.

Les solutions proposées :

  • Eviter de regarder la peau de son enfant avec angoisse, mais juste avec amour, ne pas scruter tous les jours où sont les plaques, en parler le moins possible, parler de la vie de tous les jours, l’école, les copains, les devoirs….
  • Apprendre à l’enfant le plus tôt possible à faire les soins lui-même, tant pis si ce n’est pas parfait
  • Proposer des consultations dédiées aux parents pour qu’ils puissent parler de leur souffrance en l’absence de leur enfant. Les aidants ont aussi besoin de considération et d’attention.
  • Participer à des séances d’éducation thérapeutique dans les centres référents. Ces séances offrent du temps pour mieux comprendre la maladie, mieux comprendre les traitements mais aussi pour parler de ses difficultés, échanger avec d’autres patients, se sentir moins seuls et surtout se déculpabiliser.

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