Bain ? Douche ? Cure thermale ? Piscine ? Mer ? Pas si simple … Par le Dr Wallach

1 Février 2016
conseils bain et dermatite atopique

Prendre un bain, c’est moins simple qu’on le croit. Il y a des eaux douces, des eaux calcaires, des eaux thermales, des eaux de piscine, des eaux de mer, des eaux de rivières, des bains brefs, d’autres plus longs, des bains tièdes, des bains chauds, des bains avec des additifs, …

Pour certains médecins, les bains font partie du traitement des eczémas. Pour d’autres, ils sont contre-indiqués. Pour certains, ils sont quotidiens ; pour d’autres, mieux vaut les espacer.  

Comment conseiller utilement un enfant ou un adulte atopique ?

Essayons d’y voir clair.                                                                                                                 

A quoi sert un bain ? 

Un bain met la peau au contact de l’eau. On peut distinguer trois raisons de prendre un bain : nettoyer la peau, l’hydrater, se faire plaisir. Les caractéristiques des bains sont bien différentes selon que le bain est conçu comme un élément d’hygiène, comme une partie des soins locaux de la dermatite atopique, ou comme un loisir, pour l’agrément de la baignade ou de la natation.

Le bain d’hygiène

La propreté de la peau a une fonction sociale (aspect, odeur) mais aussi un rôle médical essentiel.

En contact avec le milieu extérieur, la peau est facilement salie, voire souillée, des microbes peuvent venir l’infecter, elle peut être au contact d’allergènes, de produits chimiques, de substances de toutes sortes. Si elle n’est pas régulièrement nettoyée, elle sera lésée, abîmée, infectée,  et ne remplira plus ses fonctions de protection de l’organisme. Lorsqu’on vit dans un environnement propre, on a un peu tendance à l’oublier, mais si on l’oublie trop, la nature et les nombreux microbes de notre environnement viennent vite nous rappeler à l’ordre.

L’hygiène cutanée est un élément indispensable de la bonne santé, non seulement de la peau, mais de tout l’organisme. Par exemple, des épidémies hospitalières graves peuvent être évitées si la bonne pratique du lavage des mains est respectée.

Si la toilette des mains est indispensable et nécessite une attention de tous, la toilette de tout le corps est aussi importante. Le but de la toilette, ou du soin d’hygiène, est d’éliminer de la surface de la peau éléments étrangers, salissures, microbes pathogènes. On effectue cette toilette avec de l’eau et un tensio-actif, produit chimique dont le rôle est d’émulsionner les salissures présentes à la surface de la peau. Trop puissant, trop détergent, ce tensio-actif risque d’irriter la peau, d’abîmer ses couches extérieures protectrices (stratum corneum), et d’avoir un effet nocif sur la flore normale de la peau, le microbiote cutané qui a une fonction de protection. Il faut donc nettoyer sans irriter.  

Une peau bien entretenue possède par elle-même des propriétés anti-infectieuses et il n’est pas nécessaire d’utiliser en routine des agents anti-infectieux, sauf contexte particulier (hôpital par exemple).

Faut-il prendre un bain pour assurer l’hygiène de la peau ?

Pas obligatoirement. On peut aussi prendre une douche, se tremper dans une bassine, se mouiller à l’eau courante, voire dans des circonstances exceptionnelles se passer d’eau. L’important est que toute la peau soit nettoyée par un tensio-actif doux et débarrassée des salissures. Les préférences individuelles ont leur part. Les très jeunes enfants sont toujours baignés quotidiennement, mais quand ils grandissent, ils préfèreront peut-être une douche. L’important est la toilette quotidienne à visée de propreté. A moins d’une toilette quotidienne, la peau est à haut risque infectieux. Les zones à nettoyer plus d’une fois par jour sont les mains, le visage, les plis, et évidemment la région périanale.

Quelles caractéristiques pour un bain d’hygiène ?

Une baignoire propre, une eau à température confortable, environ 32°C-34°C, c’est-à-dire ni trop chaude (cela fait gratter), ni trop froide (c’est désagréable), une durée de moins de 15 minutes pour éviter une hyperhydratation de la peau, l’utilisation d’un tensio-actif doux : on préfèrera un syndet (détergent synthétique) à un savon plus agressif, et on rincera soigneusement la peau après l’avoir enduite de ce tensio-actif, qui souvent ne mousse pas beaucoup.

Il existe de nombreux produits de bain, sous forme solide ou liquide. Lequel choisir ? Chacun aura ses préférences, mais on privilégiera les produits de qualité, dépourvus de constituant susceptible d’être irritant ou allergisant, et testés de façon exigeante.  

Le bain d’hygiène des peaux atopiques

La peau atopique se caractérise par une sécheresse plus ou moins intense et une tendance à l’inflammation et à l’allergie. La peau atopique a aussi une grande fragilité vis-à-vis des infections du fait d’un relatif déficit immunitaire, et aussi à cause des lésions elles-mêmes, suintements d’eczéma, fissures, ou encore excoriations dues au grattage. Toutes ces lésions sont des effractions de la barrière cutanée et constituent des portes d’entrée pour tous les germes de l’environnement, ce qui est à l’origine d’infections cutanées, avec un risque d’infections généralisées. C’est dire que les précautions ci-dessus devront être suivies attentivement.

Ainsi, pour leurs soins d’hygiène quotidiens, les personnes atopiques devront privilégier des produits simples, spécifiquement formulés pour les peaux sèches ou atopiques, et testés avec les exigences de la dermo-cosmétique. Outre leur fonction nettoyante, ces produits ont un rôle hydratant, anti-irritant, et éventuellement anti-infectieux.    

Le bain, élément du traitement dermatologique

Bain et antisepsie

La fonction antiseptique du bain des enfants et des adultes atopiques rejoint le bain d’hygiène. Mais ici on ira plus loin dans le but d’éliminer les microbes pathogènes, ou de prévenir leur prolifération. Le plus fréquent de ces microbes pathogènes est le staphylocoque doré.

A vrai dire, en dehors des cas d’infection caractérisée (impétiginisation, fièvre, ganglions), la décision d’utiliser ou non un antiseptique ne fait pas l’unanimité parmi les médecins. Les uns s’en remettent à l’hygiène simple, d’autres préfèreront prescrire un antiseptique, d’autres prescriront des antibiotiques, par voie locale, ou pendant quelques jours par voie orale.

L’addition d’antiseptiques à l’eau du bain, ou un badigeon antiseptique après le bain, doivent en tout cas être considérés comme des actes médicaux ayant des règles précises : produit précis, dilution éventuelle, modalités d’utilisation, rien n’est à prendre à la légère. On peut utiliser :

  • Les antiseptiques classiques comme le permanganate de potassium, un peu passé de mode, ou le Dakin qui est revenu récemment dans l’actualité sous la forme des « bleach baths » américains. Le Dakin est une solution d’hypochlorite de sodium, comme l’eau de Javel. Les anglo-saxons parlent de « bleach », ou blanchissant, parce que le Dakin décolore les tissus ;
  • Les antiseptiques modernes, dont le plus utilisé actuellement est la chlorhexidine. Il en existe de nombreuses spécialités, qui ont toutes leurs indications et leur mode d’emploi, qu’il faut connaître et respecter.  

Bain et hydratation

On pourrait penser que l’eau hydrate la peau. Mais ce n’est pas vrai. Pour vous en convaincre, laissez votre main un quart d’heure dans l’eau : la peau des doigts deviendra fripée, terne, sèche, du fait d’une hyperhydratation qui dépasse son but.

En effet, la peau ne se laisse pas pénétrer par l’eau, au contraire, elle a une fonction de barrière pour empêcher la pénétration de l’eau. 

Si l’on veut hydrater la peau, il ne faut pas la mettre au contact d’eau, mais appliquer un corps gras, ou une émulsion contenant de l’eau et des corps gras (crèmes, pommades), qui ont un effet favorable sur la structure et les propriétés de la couche cornée, couche la plus superficielle de la peau. 

Ainsi, un bain prolongé n’a pas d’effet bénéfique sur l’état de la peau. Pour maintenir l’épiderme en bon état, ce qui est fondamental dans la dermatite atopique, il faut un bain bref, confortable et assainissant. Dès qu’on sort du bain, on se sèche avec un linge propre, en tamponnant plutôt qu’en frottant, et on applique un émollient, qui a une fonction d’hydratation. Un bain non suivi d’une application d’émollient n’aura pas d’effet favorable sur la peau atopique.

Des produits gras ajoutés à l’eau du bain (huiles de bain) ont pour but d’ajouter un effet émollient au bain lui-même. Ces additifs sont souvent recommandés dans la dermatite atopique. Bien entendu, tous les atopiques le savent, on ne fera confiance qu’à des produits de qualité, aux normes de la dermo-cosmétique, c’est-à-dire dépourvus de tout constituant pouvant être irritant ou allergisant.

Les eaux domestiques (eaux urbaines) ont des qualités variables, notamment pour ce qui concerne leur teneur en calcium. Les eaux « dures », riches en calcium, peuvent être adoucies. Cependant, on n’a pas montré que les atopiques bénéficiaient de ces adoucisseurs d’eau, et il ne faut pas penser qu’ils sont indispensables.

Les eaux thermales, sous forme de douches et de bains complétés par les soins hydratants spécifiques, ont un effet très favorable sur la sécheresse et l’inflammation de la dermatite atopique. Ceci explique l’efficacité des cures thermales, qui sont une occasion de soins dermatologiques intensifs.

Bain et traitement médicamenteux

A tous les stades de la dermatite atopique, la toilette, sous forme de bain avec les caractéristiques que nous avons détaillées, ou de douche, est nécessaire de façon quotidienne. Pendant les périodes où un traitement anti-inflammatoire local est nécessaire (dermocorticoïde ou inhibiteur de calcineurine), l’application de ce médicament se fera toujours après la toilette, sur une peau nettoyée. 

Le bain d’agrément

Mais on ne se baigne pas uniquement pour l’hygiène ou le soin, on se baigne aussi pour le plaisir !

Bain de piscine

L’eau des piscines est une eau additionnée de chlore pour un effet antiseptique. Elle est en général plutôt « dure ».

Un enfant ou un adulte atopique peut-il fréquenter une piscine ?

La question se pose souvent. La réponse est globalement positive, et même très positive, mais il y a certaines réserves.

En cas de lésions suintantes, mieux vaut s’abstenir jusqu’à guérison de la poussée. L’eau de la piscine risque d’irriter et de gratter, et par ailleurs il est conseillé de ne pas se baigner dans un lieu public en cas de lésions cutanées. Inutile d’attirer l’attention sur son eczéma, cela ne regarde personne.

En l’absence de lésions suintantes ou fissurées, on peut fréquenter les piscines, mais il faudra être attentif à se rincer à l’eau douce dès la sortie du bain, et à appliquer sa crème hydratante favorite sur tout le corps.

Pour ce qui concerne les autorisations ou non-autorisations de piscine pour les enfants atopiques, on se fiera au bon sens. Si l’enfant n’a pas de lésions aiguës et aime la piscine, il n’y a aucune raison pour l’en priver. S’il préfère ne pas montrer son eczéma à ses camarades, aucune raison non plus pour l’y obliger. Mais après un traitement efficace, il sera certainement content de retourner à la piscine.  

Bain de mer

L’eau de mer est salée, et si on a des lésions aigües, suintantes, excoriées ou fissurées, un bain de mer sera certainement douloureux au début. L’eau de mer est cependant très bénéfique, il faut passer le cap des premiers bains :

En essayant de mettre une crème barrière avant d’aller dans l’eau et en se rinçant immédiatement après le bain. Une fois essuyé, il faut appliquer l’émollient et remettre une crème ou un lait 50.

Certes, cela est contraignant mais au bout de quelques jours, cela va permettre à l’enfant de bien profiter de ses vacances. Le soleil pourra faire son effet anti inflammatoire et améliorer l’eczéma.

Bien entendu, il faudra être raisonnable et respecter les heures d’expositions et tous les jours, continuer à se rincer après les bains de mer. Le soir, il faudra appliquer largement un émollient / hydratant pour débarrasser la peau du sel et l’hydrater. La peau n’en appréciera que plus le bain suivant.

 

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