La place du pharmacien dans le parcours de soin du patient qui souffre d’eczéma atopique

6 Novembre 2018
La place du pharmacien

Par le Dr Didier Guerrero

 

Des demandes quotidiennes au comptoir de la pharmacie

Parmi les nombreuses pathologies dermatologiques que le pharmacien est amené à rencontrer à travers son exercice professionnel, il n’est pas exagéré de dire que la dermatite atopique occupe une place tout à fait singulière.

Tout d’abord parce que cette maladie s’adresse prioritairement à des enfants, et implique de fait des parents particulièrement attentifs aux résultats, et très concernés par les potentiels effets secondaires des traitements qui vont être prescrits ou conseillés par médecins et paramédicaux.

 

Un besoin important de conseils avisés sur les soins quotidiens

Si la dermatite atopique n’est pas, au sens strict, une maladie grave, elle n’en reste pas moins une affection chronique, désagréable sinon pénible surtout par son caractère prurigineux, inesthétique, avec un très fort impact sur la qualité de vie du patient mais aussi de tout son entourage. La traduction de cette situation est une demande de soins forte, avec obtention de bénéfices rapides. Très caractéristique du modèle sociétal dans lequel nous évoluons, ce besoin de résultat immédiat va se heurter à une pathologie rebelle, parfois déconcertante, influencée par des facteurs environnementaux et individuels qui seront la porte ouverte à autant d’explications réductrices dans lesquelles il serait très aisé de se perdre, faute de conseils avisés.

 

Un traitement à base de « cortisone » qui souffre d’une mauvaise image auprès des patients

La physiopathologie de la dermatite atopique est un sujet de recherche prioritaire et de très grandes avancées ont été faites au cours des dernières années. Cela, le grand public, dans sa grande majorité, l’ignore totalement. Le constat reste celui d’une maladie dont le traitement de base est la « cortisone », un médicament certes reconnu comme efficace mais qui traine derrière lui un impressionnant cortège de croyances et de peurs autour du risque de dépendance et d’effets secondaires. Curieusement quand on interroge les patients « corticophobes » sur ces supposés effets secondaires, ils sont bien souvent incapables d’en citer un seul… !

Tout ceci explique le fort nomadisme médical des patients souffrant de dermatite atopique, un attrait certain pour les médecines alternatives et tout un éventail d’autres pratiques déconnectées de tout fondement médical…

Enfin, souvenons-nous que la gestion « dermatologique » de l’eczéma passe essentiellement par des applications de topiques médicamenteux et dermocosmétiques. Ces soins locaux sont bien souvent vécus comme une contrainte par rapport à la simplicité des médications orales, d’où de très fréquents problèmes d’observance.

 

 

La pharmacie est le carrefour incontournable sur lequel vont se croiser toutes ces problématiques

De la bonne utilisation des médicaments aux questions les plus basiques du quotidien des patients souffrant d’eczéma, tout peut et doit être abordé dans ce lieu privilégié. Cela suppose que l’équipe officinale soit apte à répondre aux attentes de ces patients et puisse véhiculer un message consensuel, validé par une authentique formation en amont.

 

Ouvrir le dialogue

Sans que l’on puisse hiérarchiser les besoins et attentes, le premier obstacle semble être l’acceptation de la chronicité de la maladie. Rassurer les patients, rassurer les parents d’enfants en souffrance Chronique n’est pas synonyme de dramatique, tout est à relativiser.  Expliquer cela demande un effort considérable du personnel officinal face à des individus qui s’épuisent dans la recherche de LA cause précise de leur état cutané ou de celui de leur enfant, ou du traitement miracle, et qui s’accrochent à des explications simplistes.  

 

Parler des traitements, rassurer le patient

Le bon usage des dermocorticoïdes est un point clé de la prise en charge. C’est, rappelons-le, ce qui soulève le plus de questions de la part des patients. Il est impératif de rappeler que ce traitement reste à ce jour quasi incontournable lors des poussées. Il doit donc être correctement et suffisamment utilisé. Très souvent, les patients rapportent que lors de la délivrance du produit, ils ont entendu, -et ont surtout voulu retenir- le commentaire « n’en mettez pas trop », renvoyant à une dimension alarmiste qui vient conforter et renforcer leurs réticences. Le rôle du pharmacien est de tout faire pour que cette remarque de précaution ne prenne pas le pas sur les bénéfices attendus par une bonne et rigoureuse utilisation. La parole de l’équipe officinale est le vecteur majeur de confiance et par la même d’observance. Comme déjà souligné, le message de l’équipe doit être unique sur un tel sujet. Pour cela il devrait être travaillé et préparé en amont par tous ceux qui sont en contact avec le public. D’éventuelles divergences, ou perçues comme telles par les patients, seront un frein considérable à la bonne conduite du traitement. 

 

Apporter des conseils personnalisés sur la gestion de la maladie au quotidien

Les soins d’hygiène et d’hydratation sont fondamentaux pour le quotidien de ces peaux sèches et réactives. Il conviendra d’orienter les personnes souffrant de dermatite atopique vers les gammes dermocosmétiques les mieux adaptées à leur statut cutané, sur la base des formations scientifiques qui auront été dispensées à l’équipe officinale. Savoir aussi être à leur écoute si une intolérance à un topique est signalée, avoir les bons réflexes : il est toujours difficile de faire admettre à une personne souffrant d’eczéma qu’elle est devenue allergique à un topique, après des années d’utilisation sans problème de ce même topique… Savoir proposer dans de tels cas une consultation allergologique plutôt que des essais à l’aveugle entre différents produits de différentes marques.

 

Répondre à tout type de questions

Enfin, face à cette maladie multifactorielle, le pharmacien va se trouver confronté à des questions récurrentes, parfois alimentées par des polémiques et de la désinformation : faut-il vacciner un enfant atopique ? qu’en est-il du bénéfice lié à des régimes alimentaires (peut-être le sujet le plus controversé) ? des médecines alternatives ? du rôle du stress, etc…

 

Sur tous ses sujets, la connaissance ne saurait être exhaustive. Mais il existe aujourd’hui de nombreux supports de formation émanant de sociétés savantes et de fondations, ayant recensé ces différentes problématiques et rendant les professionnels de santé aptes à dialoguer sur l’ensemble de ces sujets à partir de données consensuelles et validées. On ne peut qu’engager les équipes officinales à adhérer à ces programmes de formation, de partage de connaissances et d’échanges. Pour le plus grand bénéfice de chaque patient.