Les anomalies épidermiques sont présentes dès la naissance

10 Juin 2015
dermatite atopique et anomalies epidermiques

Les chercheurs du domaine de la dermatite atopique s’intéressent beaucoup aux nouveau-nés. En effet, la dermatite atopique débute rapidement après la naissance, et si on veut la prévenir efficacement, il est théoriquement préférable d’intervenir le plus tôt possible. Mais quels sont les nouveau-nés qui sont le plus à risque de développer une dermatite atopique ? On connaît quelques éléments de réponse à cette question, mais ils sont tout relatifs. Certes, les nouveau-nés dont un ou deux parents ont un asthme ou une dermatite atopique, ceux qui ont des taux d’IgE élevés, sont à haut risque, mais nombre d’entre eux n’auront jamais de problème.

Les anomalies génétiques, par exemple celles qui portent sur la filaggrine, sont certes plus nombreuses chez les atopiques, mais elles sont aussi très fréquentes chez les sujets normaux.

A quoi se fier alors ?

L’étude que viennent de publier des pédiatres et des généticiens irlandais et écossais nous apporte une information remarquable : on peut se fier à l’étude de la fonction barrière de l’épiderme. Le terme de fonction barrière désigne le rôle essentiel de l’épiderme, qui est de constituer une interface entre l’organisme et le milieu extérieur. Un épiderme normal s’oppose ainsi à la pénétration de microbes, d’allergènes, de toxiques, et aussi à la sortie d’eau et de sels à travers la peau. Cette « barrière » n’est évidemment pas absolue, mais à l’état normal, en l’absence de lésion, elle est relativement efficace. On sait depuis longtemps que la fonction barrière de l’épiderme est anormale dans la dermatite atopique. Evidemment, en cas d’eczéma suintant, il n’y a plus aucune barrière, et tout passe dans les deux sens, avec les risques que cela comporte. Mais même sur la peau atopique non eczémateuse, simple peau sèche ou peau en apparence normale, la fonction barrière est perturbée et on peut dire que l’épiderme est anormal.

Comment mesure-t-on la fonction barrière ?

C’est assez simple, à l’aide de petits appareils que l’on pose doucement sur la peau et qui mesurent la quantité d’eau qui s’évapore, ce qu’on appelle les pertes insensibles en eau. Cette mesure est totalement indolore, et ne prend que quelques secondes. Il faut cependant se trouver dans des conditions bien précises de température et d’hydratation, car toute modification modifie les pertes insensibles. La mesure des pertes insensibles en eau est simple mais elle n’est pas de pratique courante. Elle est surtout utilisée par les laboratoires de cosmétologie pour évaluer les effets des hydratants. Elle a aussi été utilisée en néonatalogie pour mesurer les propriétés de la peau des prématurés. On connaît ainsi bien les valeurs normales des pertes insensibles, qui sont de l’ordre de 10 grammes d’eau par mètre carré de peau et par heure.    

Les auteurs de cette étude ont mesuré la fonction barrière chez 1903 nouveau-nés normaux, nés à terme et bien portants. La mesure a été effectuée sur l’avant-bras, à l’âge de deux jours puis à l’âge de deux mois. Ensuite, les bébés ont été suivis jusqu’à l’âge de un an. A un an, environ 15% des bébés ont une dermatite atopique. La donnée la plus importante est qu’il existe une corrélation entre le niveau des pertes insensibles à la naissance et à deux mois et la survenue d’une dermatite atopique. Les enfants qui ont les pertes insensibles les plus élevées, et donc la fonction barrière la moins efficace, sont ceux qui sont le plus à risque d’atopie. Ainsi, une mesure simple des fonctions épidermiques permet de prédire la survenue d’une dermatite atopique. Ce risque lié à la fonction barrière n’est pas corrélé avec les mutations de la filaggrine ni avec l’atopie parentale, mais en combinant ces trois facteurs de risque, on arrive à un modèle très fortement prédictif. On peut aussi rassurer les parents dont les bébés ont une fonction barrière normale à la naissance : leurs enfants ont peu de risque de devenir atopiques. Ajoutons que la mesure des pertes insensibles nécessite un environnement contrôlé et une expertise spécialisée qui n’est pas encore entrée dans la pratique.

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Référence :                      

Kelleher M, Dunn-Galvin A, Hourihane JO, Murray D, Campbell LE, McLean WH, Irvine AD.

Skin barrier dysfunction measured by transepidermal water loss at 2 days and 2 months predates and predicts atopic dermatitis at 1 year. - J Allergy Clin Immunol 2015;135:930-935